Pour ma soeur Claire, le 13 octobre 2011

Pour nous, ton frère et les sœurs qui te restent, voici encore une page de tournée.

Hier, alors que tu étais encore là, sans vraiment y être, je ne pensais qu'au moment présent, au néant où tu étais plongée, à la prison qui te coupait de tout. Et je te voulais libérée.

Aujourd'hui tu l'es et voilà que c'est tout un passé qui me revient, un passé riche, vécu par une enfant qu'on disait taquine et par une femme formidable, ma grande sœur chérie.

De notre enfance, je me souviens peu. Tu n'étais pas de ceux qui faisaient du bruit, mais tu étais bien présente ... À mes yeux, tu étais dans le camp des ''grands'', et pourtant pas si loin de nous, les ''trois petits''. Tu représentais pour moi une certaine solidité, un certain calme. Sans acharnement excessif, tu aimais étudier et tu réussissais. Tu participais, mais ne t'imposais pas; Tu rêvais de voler, et à seize ans tu obtenais ton brevet de pilote.

Tu aimais l'ordre et l'organisation sans être maniaque.

Mais la vie nous a vite séparées. J'ai connu si peu de ta vie professionnelle, partagée avec Francis, et si peu de ta vie de femme et de mère… si ce n'est ce que tu m'en racontais des années après.

Beaucoup plus tard, quand Francis t'emmena sur son voilier j'étais toujours inquiète. Je te suivais partout sur les mers et lisais avidement les récits et les pages de ton journal de bord reçues occasionnellement. Je pense que c'est durant cette période que nous nous sommes enfin rapprochées. Au téléphone, je t'écoutais raconter tes émerveillements et tes frayeurs. Je les vivais avec toi et supportais difficilement les longues périodes de silence.

Puis, au printemps 2008, il y eut ce voyage en France et en Suisse que nous avons fait ensemble. Couchées le soir, nous parlions des fois pendant des heures. C'était toujours moi qui m'endormait la première. . .

… Et déjà l'ombre de la maladie planait sur nos joies, nos échanges, nos rires.

Pourtant c'est grâce à la maladie que j'ai ensuite passé du temps avec toi à plusieurs reprises. Il fallait mettre les bouchées doubles, rattraper le temps perdu. Il y avait toutes ces photos à regarder ensemble, tous ces livres à lire, le carnet de chants à réviser …

Francis tu as été patient avec moi. J'ai souvent dérangé ta routine et ai parfois envahi ton domaine… jusque dans la cuisine ! Mais tu m'as laissée faire. Et je t'en remercie. Tu as été merveilleux avec Claire. Tu as eu des doutes par moment, beaucoup de frustrations, mais finalement tu l'as accompagnée jusqu'au bout.

Merci pour avoir été toi, tout simplement.

Paulo